Bénin : Ce que dit Ganiou Soglo à Wadagni

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Depuis le dimanche 24 mai 2026, le Bénin a un nouveau président. Le président Patrice Talon a passé la charge officiellement après 10 ans de règne sans partage. 10 ans au cours desquels le peuple a été martyrisé avec des centaines de personnes en prison pour des raisons politiques et d’autres milliers en exile pour les mêmes raisons. D’aucuns pensaient qu’à la veille de son départ, il allait faire un geste d’apaisement en libérant les prisonniers politiques et lever le voile sur le retour des exilés. Malheureusement, Talon est resté égal à lui-même. C’est pourquoi, l’ancien ministre et ancien député Ganiuo Soglo interpelle le nouveau président Romuald Wadagni. Lisez donc son message.

Ce 24 mai, le Bénin va ouvrir un nouveau chapitre de son histoire politique.
À Son Excellence le Président nouvellement élu, je veux adresser ces mots sans amertume, sans calcul, en citoyen libre qui a deux fois proposé sa vision à ce pays (2006-2021) et qui continuera à le servir autrement, mais surtout à dire ce qu’il pense.

Monsieur le Président, vous héritez d’un pays qui a de la ressource, de la résilience et une jeunesse qui brûle d’espoir. Mais vous héritez aussi d’un peuple qui demande que la croissance dont vous vous targuez descende enfin jusqu’à lui.

Entendez ceux que les statistiques ne comptent pas.

Gouvernez pour le Béninois qui se lève à 5h du matin pour vendre au marché sans couverture maladie.

Pour l’enfant déscolarisé à 13 ans,

Pour le jeune diplômé sans emploi à 28 ans que vous racontez avoir rencontré au détour d’une rue de notre pays.

Mais Monsieur le Président, je dois vous dire aussi ce que beaucoup n’oseront pas dire à l’aube de votre prise de fonction.

Demain, pendant que vos partisans fêteront, des Béninois pleurent dans nos prisons. Ils ont un nom, des enfants, une mère qui attendent. Vous ne les connaissez peut-être pas personnellement mais pour nombre d’entre nous, ce sont des amis, des frères, des collègues. Peu importe les désaccords politiques qui ont conduit à leur incarcération, un pays ne peut pas avancer sereinement quand une partie de ses filles et fils est derrière les barreaux pour des raisons politiques.

Ce jour, pendant que certains célèbrent, des Béninois vivent en exil dont mon frère, loin de leur pays, de leurs parents. Non par choix, mais parce qu’ils ont cru, à tort ou à raison, qu’ils ne pouvaient plus rentrer sans risquer leur liberté ou leur sécurité.

Monsieur le Président, on ne construit pas un Bénin nouveau en laissant des Béninois sur le carreau. On ne bâtit pas une nation forte avec une partie de ses filles et fils en dedans et une autre en dehors. La réconciliation n’est pas une faiblesse politique, c’est une nécessité nationale. Elle n’est pas un cadeau que le pouvoir fait à des adversaires. Le vivre ensemble, c’est le socle sans lequel tout le reste, la croissance, l’emploi, la démocratie reste une construction fragile.

Car les défis qui nous attendent n’autorisent pas le luxe de la division.

Monsieur le président, le terrorisme frappe à nos portes au Nord. Ce n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité qui exige une nation unie, une armée digne, des populations qui font confiance à leur État. On ne défend pas un territoire contre des groupes armés avec un peuple fracturé et seul. La coopération avec nos frères voisins est incontournable.

Comme économiste, je ne peux m’empêcher de me projeter dans les vingt-cinq prochaines années. Le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé de la planète avec plus de 450 millions d’habitants à nos frontières. Ce voisin immense, bouillonnant, avec lequel nous partageons notre histoire, notre économie, notre quotidien, sera une puissance démographique sans précédent en Afrique et dans le monde. Cela représente des opportunités commerciales considérables pour le corridor béninois et des pressions sécuritaires que nous devons anticiper dès aujourd’hui, pas dans vingt ans.

Face à ces défis, le Bénin doit demeurer un et indivisible. Pas comme une formule constitutionnelle. Comme une conviction vivante, partagée, incarnée par chaque décision du pouvoir exécutif.

Faites rentrer ceux qui sont partis. Ouvrez la main à ceux qui sont enfermés. Rassemblez ce qui a été dispersé. Ce geste de grandeur ne vous affaiblira pas, il vous grandira. Et il donnera à votre mandat une légitimité que les urnes seules ne peuvent pas offrir.

Faites différemment, Monsieur le Président. L’histoire vous en donne l’occasion.

Bonne chance, Monsieur le Président. Le Bénin compte sur vous. Et nous, nous ne cesserons jamais de proposer, d’interpeller parce que c’est notre devoir de citoyens.

L’espoir n’est pas une illusion lointaine. Il est une force en mouvement.

Ganiou Soglo

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